Histoire d’Amadis d’Orbigny

•avril 21, 2011 • 2 commentaires

Le banquet

Des serviteurs s’empressent et doublent
Amadis et les cinquante-deux cavaliers.
Au centre d’une grande clairière
Une table est dressée
Et des torches brûlent.
Quelques corbeaux effrayés s’envolent
Beaux oiseaux au plumage dense.
Une foule d’invités s’installent ;
Un des cavaliers place Amadis
Et en face de lui il voit Margot.
Elle lui adresse un salut
Emouvant comme la neige
Tandis que ses dames de compagnie
posent sur son chef un voile beige.
A sa droite, une centaine de nobles personnes, étranges,
Des chaînes autour du cou
Mais somptueusement vêtues.
Le repas commence ;
« Nous allons en avoir pour six heures
Car la reine aime manger
Et célébrer toute chose.
Seulement, ce soir, nous ignorons ce qui doit l’être »
Commente un des cavaliers ;

 

Un douze-cors est présenté
Sur un immense plateau ;
Quelle stupeur de voir cet immense animal
Ses cors sont si immenses que trois hommes ne suffiraient pas à les porter.
Autour s’entremêlent du houx et des baies ;
Vermeilles, elles resplendissent comme le rubis.
Juste après fut présenté un sanglier.
Enorme et roux, lui aussi dressé sur un plateau.
Son pelage est étrangement recouvert d’un peu de givre
Et des énormes bouquets de gui accostent
Ses rives.
Amadis sursaute car il vient en sa mémoire
Ce qu’il vécut et ce que lui raconta François :
« J’ai vu de mes yeux le cerf
Et François essaya de poursuivre le sanglier »
Dit-il à un de ses cavaliers –
« Tout à fait »
Répondit Ambroise.

 

Puis les animaux se dressèrent
Ils secouèrent leurs oripeaux
Et s’enfoncèrent dans la forêt.
Les courtisanes hurlèrent
Les courtisans réclamèrent
Margot riait.
« Que va-t-on manger
Maintenant ? Notre reine,
As-tu de quoi nous nourrir ?
– Tu pourras te nourrir de baies, d’airelles, de gui,
De houx ».
Et les courtisans mangèrent.

 

C’était la première fois que la reine offrait si peu.
Elle était très mécontente de la journée qu’elle avait passée.
« Je me suis rendue dans mes châteaux,
Et n’y ai vu que
Troupes de gens qui nous singent
Lors de mascarades caricaturales,
Pâle reflet de nos fêtes royales.
Les visiteurs les regardent cependant
Avec délectation…
Nobles personnages,
Comment voudriez-vous que l’on vous voit
500 ans après votre trépas ?
Ils ont de notre époque une telle opinion
qu’il m’est pénible d’en parler.
Ceux à l’origine de ces mascarades
Y réflechissent fort longtemps.
C’est ainsi qu’ils pensent le mieux parler de nos châteaux.
A la vérité, je le crois,
Il ne savent pas parler à leurs contemporains.
Comme mon agacement était extrême,
J’ai soufflé
Une petite éclipse. »

 

Amadis vit alors une des nobles personnes
S’approcher de la reine.
Elle s’épancha sur son épaule
Il lui parla puis elle acquiesca.
Il donna alors un ordre
et tous les serviteurs arrivèrent,
Portant des plats de viande, de fruits.
La fête de la reine était sauvée.

 

Le repas dura en effet longtemps ;
Et il fut pour Amadis
Interminable.
Les beaux nobles aux fers
Se mélangèrent aux autres convives
Et leurs vêtures noires faisaient resplendir
Les étoffes des dames.
Un s’entretenait avec Margot
Tout en jouant avec une pomme.
Margot riait
Et Amadis avait peur.
« C’est tout de même un rival
Plus dangereux
Que Mathieu ;
Je ne suis pas au lycée ».

Histoire d’Amadis, Une mascarade donnée à C…

•mars 20, 2011 • Laisser un commentaire

Amadis revoit Margot.

La nuit est tombée
Le Cher gronde
Il est furieux
Et ses flots
Charrient une boue terne.
La voûte est incroyablement souple et douce
Elle est tendue d’un velours bleu.
Plus d’étoiles
Qu’à l’habitude brillent sous cette latitude.
Amadis marche à travers
La forêt sombre.
Il est tourmenté
Car il ne sait ce qu’il fait
En ce lieu et
En cette place.
Cependant qu’il est tourmenté
Il marche et
Aperçoit des lumières vacillantes à travers
Les frondaisons.
Les feuilles et les arbres ne
Sont dès lors plus que des veinures
Translucides
Dévorés par la lumière.
Le château est peuplé,
Des figures se dessinent
aux fenêtres insomniaques.
Tandis qu’un parfum cendré
Réchauffe l’air
Des femmes à la peau laiteuse
Courent en riant.

« Amadis
Prenez ce grand verre
Empli d’eau
Avec juste quelques volutes d’encre.
Car ceci est un beau bijou
Que Margot aime à voir.
Elle contemple les volutes
Qui se déploient.
Elles sont comme les chemins qui recouvrent la terre.
Prenez aussi ce scarabée
Car elle aime ses reflets.
Elle les aime encore
Plus lorsque le soleil au crépuscule le frappe
De ses rais. »
Pendant qu’Amadis marche,
Un verre à la main
Et un scarabée sur l’épaule,
Des serviteurs s’affairent.
La fête va commencer.

« Vous n’avez pour l’instant que le droit de la contempler de loin. Elle est à sa toilette. Vous pouvez la regarder une minute. »
Elle est de dos. Ses cheveux sont relevés. Elle se tourne. Désormais, elle est de profil.
Elle converse avec une amie.
Amadis l’observe
Et son corps entier n’est plus qu’un œil.
Cet œil ne connaît pas le temps qui s’écoule.
De cette minute,
Aucune seconde ne semble s’écouler ;
Aucune ne semble se projeter plus en avant.
Les lignes de son corps sont inchangées.
Elle étend le bras
Et approche une bougie.
Elle vérifie l’éclat de son teint.
Elle va être parée.

Amadis descend l’escalier.
Il est escorté par
Cinquante-deux cavaliers.

 

Nolwenn Euzen, Le désordre ne jette pas dehors (vase communicant)

•février 4, 2011 • Laisser un commentaire

Combien dire de moi ? Je que déjà le monde tire. Appelle. Libération ici. Oppression là-bas. Que déjà renverser.

Je n’ai pas fini de porter maman. Pas fini d’écouter papa. Je n’ai pas fini d’enfanter ma zone interdite. Les plus longues phrases pour moi.

TOUT doit parler !!! – mais tout ne parle pas. Même en désordre. Tous sens autorisés. Grammaire ne me jette pas dehors.

Me lie. – Syntaxe ! On entend « secours». J’ordonne. Autant de planches à me bâtir dehors. Vous retrouverai si vous y habitez.

Empêtrés. Il y aura phrase au moins connu de vous. Au moins connu de moi. On pensera beaucoup.

Tant de mots écroulés.

Autour peut bien sentir sans nous.

Nous ne resterons pas.

—————————————————–

J’accueille Nolwenn Euzen avec beaucoup de plaisir dans le cadre des vases communicants. Très beau texte à propos des mots et soi, du rapport de ces mots et de ces moi au monde.

Vous pouvez retrouver mon texte sur son blog percutant http://nolwenn.euzen.over-blog.com/

et tous les autres vases :

Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/ et Daniel Bourrionhttp://www.face-terres.fr/

Christine Jeanney http://www.christinejeanney.fr/ et Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/

Maryse Hache http://semenoir.typepad.fr/ et Piero Cohen-Hadriahttp://www.pendantleweekend.net/category/pierre-cohen-hadria/

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Chez Jeannne http://babelibellus.free.fr/ et Leroy K. Mayhttp://lkm696.blogspot.com/

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Guérande (février 2009)

•janvier 29, 2011 • Un commentaire

Guérande
Vaisseau silencieux
Posé sur la lande.

Continentale et maritime.

Marais noirs, marais blancs.

Sans but précis
On erre dans le pays.

Paysage minéral
Jusqu’aux vents de La Turballe
Couvant la tempête,
Malmenant les mouettes.

Derrière les remparts
Toujours l’écho,
Mat,
Du silence.

Lendemain au ciel lavé,
A la lumière liquide.
Aux nuages évidés,
Au soleil translucide.

Aube févrière
C’est la fin de l’hiver.

Histoire d’Amadis d’Orbigny, « Il écoute… », « Margot »

•janvier 22, 2011 • Laisser un commentaire

Il n’en tirait aucune jouissance :
Il pleurait.

Il n’avait encore jamais connu de filles.
Il était tombé fou amoureux de Margot
Et tandis que ce feu dévorait ses entrailles,
Margot riait.

Elle déménagea, loin d’Orbigny,
Loin de Saint-Aignan ;
Mais l’éloignement n’étouffa
Pas le feu dévorant.
Il le rendit encore
Plus brûlant.

Orbigny paraissait à Amadis
Encore plus terne
Encore plus éteint.
Les champs s’étendaient sans fin
Avec juste à l’horizon
L’auréole noire de la forêt.

————————————

« Margot »

Fatiguée, elle s’étend sur son lit.
Il est large, il est grand
Pour sa taille,
Qui est petite.
Petits sont ses pieds
Petit est son ventre
Petite est sa tête ;
Celle-ci parle sans cesse
A sa petite vie
En tout point insatisfaite.
La lumière qui rayonne
Au-dessus du lit
N’est pas très vive.
Sa petite cuisse gauche a
Trois hématomes,
Vagues zones crépusculaires
Piquetées de points violets. Lire la suite ‘Histoire d’Amadis d’Orbigny, « Il écoute… », « Margot »’

Guérande (février 2009) 

•janvier 16, 2011 • Laisser un commentaire

Au grand air
Le vent translucide
Et la douceur marine
Pas de nuages
Le soleil en vitrine.

La route traverse
La lande blanche
Nous rentrons à Guérande.

La grande cheminée
L’odeur du bois
De la résine
De la fumée
Embaume

Les murs de schiste
Avec ses argents
Pailles et fêtes
Font paillettes.
Sur la piste crépusculaire
C’est la fin de l’hiver.

L’église égrène
Les quarts d’heure.
Sur les pavés luisants
Pas un bruit
Pas une rixe.

Doucement se profilent
Les hardes de Béatrix
A travers les rues,
Les places, les passages.

Dans la cité court
L’haridelle brune.
On sent sous les lanternes
Son haleine nocturne.

Au matin
Air transparent.
Aubes nébuleuses à l’arrière.
C’est la fin de l’hiver.

 

Tunisie 2

•janvier 3, 2011 • Laisser un commentaire

Et cet air puéril,
Je veux voir
Ces bijoux,
Ces perles,
Ces pierres.
Mais finalement préfère
Ce grand anneau d’argent
Retenu par des brins de cuir
Qui exhalent la rose
Et la myrrhe.

Et cet air étoilé,
Ce souffle nocturne de la Marsa,
Les fleurs de jasmin, sauvages,
Lustrent leur blanc pelage,
Les jardins, les façades chics,
Et au moindre déclic,
Des petites lumières,
Petites lucioles,
Petits miroirs,
A l’appel de la prière
Du soir.

Et cet air grandiose
Blanc et bleu,
Face à la mer,
On erre dans les chemins
Des thermes d’Antonin.
Pas de photos,
Les gardiens sont nerveux.
Près du Palais présidentiel,
On photographie soit
La mer,
Soit le ciel.

Et cet air aujourd’hui serein,
Ensoleillé,
Douce plénitude
Emplie de certitude.
Qu’ils sont loin les combats,
Les exécutions,
Les passions rivales
De Salammbô, d’Hamilcar,
D’Hannibal.

Et cet air studieux
Dans le musée,
Ces fûts sculptés
Ces têtes de marbre,
Où les yeux, les cils,
Comme des branches d’arbre,
Dessinent une Antiquité
Idéale, rêvée.

Et cet ami de mon frère
Qui inventorie, travaille,
Etudie et enferme
Ces restes de Carthage
Comme on enferme
Des oiseaux en cage.

Et cet air enjoué
De fête,
A Kairouan
A la Mosquée du Barbier.
Du monde dans les galeries,
Un cortège passe,
Des paroles,
Derrière un mur,
Les cris d’un enfant,
Des exclamations,
C’est jour de circoncision.

Et cet air impalpable,
Comment le rendre
En mots et en chœurs,
Quand Macke et Klee
L’ont rendu
En couleur ?
Cette couleur qui glisse
De rues en plages,
Et qui rugit comme lion en cage,
Qui rugit comme lion en cage.

 

 

 
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